CHANTAL GRIMM / LA PARITÉ DANS L'HISTOIRE DE LA CHANSON FRANÇAISE

Chantal Grimm devient sociétaire définitive de la SACEM en 1982, sur la proposition de Jean Dréjac, pour ses recherches sur le patrimoine associées à son talent d’auteur-compositeur. Elle dit : « Je ne suis pas historienne, je préfère l’anecdote ou la légende » mais elle aura l'amitié des historiens de la chanson, notamment Jean-Claude Klein, Serge Dillaz, Robert Brécy qui l'enverra au États-Unis à sa place en disant « elle a un avantage sur moi, elle chante ! » et celle de Claude Duneton avec lequel elle partage aussi l'amour des mots.

« Elle créa en 1976 “ chanson de femme ”, un festival itinérant d’Avignon à Paris, de Lyon à Bruxelles. Cette “ tempéramentale ” érudite (co-auteur de l’irremplaçable Cent ans de chanson française) enlève ses textes avec à la fois douceur et force. » Hélène Hazera (Libération)

SES RÉFÉRENCES

Encore étudiante en ethnologie sociale à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, elle co-écrit Cent ans de chanson française (le Seuil, 1972) sous le nom de Chantal Brunschwig avec deux collaborateurs (un linguiste et un historien). Le succès est immédiat (ré-édition en poche/Points, 1981). Mais peu décidée à passer sa vie à actualiser un dictionnaire, elle laissera ses droits de reproduction à Louis-Jean Calvet après la mort de Jean-Claude Klein. Son exposition, la Chanson française par ses racines, montée par Didier Pinot (Chanson vivante/Dazibao/Intermedia, 1987) fait le tour des Instituts français dans le monde, et elle résume sa propre thèse dans un article, Courants de Chanson et mutations sociales, édité à la fois aux Etats-Unis (Acts of Western Society for French History, vol.15, 1988), en Allemagne (Lendemains 57, Das chanson in Frankreich, 1990) et en France (CNED, 1996). Ses conférences laissent des traces aux premiers Printemps de Bourges,  à l’IFMI de Toulouse et à Paris-IV La Sorbonne, et une de ses recherches (la chanson des faubourgs) au Musée de la musique de La Villette.

Chantal Grimm a commancé à faire des recherches sur le "matrimoine" de la chanson en 1983 en publiant l'article Les femmes, la chanson dans le numéro spécial d'Action musicale Femmes et musiques.


LA CHANSON ENFANTINE

En 2015-2016, Chantal Grimm dirige dans la revue La grande oreille un numéro spécial sur la chanson enfantine (n°66, “Do ré mi”) pour lequel elle fait appel aux principaux chercheurs et acteurs dans ce domaine.

Je vis je meurs, Louise l'Abbé (Musique : C.Grimm)

Seulette suis, Christine de Pisan (Musique : C.Grimm)

BALLADE DES BELLES REBELLES, album CD (1988-2014)

Convaincue que ses vraies marraines en chant et poésie se situent au Moyen-Age et à la Renaissance, Chantal Grimm met en musique ses préférées (Christine de Pisan, Marguerite de Navarre, Louise Labé, Pernette Du Guillet, Marie Stuart) et enregistre un 33 tours à Rouen, BALLADE DES BELLES REBELLES (Colorasons, 1988) avec l’orchestrateur Marc Duconseille. Elle ré-édite cet album en CD (1992) pour sa création du Paradis de la Reine Sybille (voir la rubrique « contes musicaux ») en y ajoutant un poète féministe de l’époque, Martin Le Franc.

Le destin de ce disque ne s’arrêtera pas là. Il y aura une 3ème édition (augmentée) sous le titre POÉTESSES DE LA RENAISSANCE (EPM, 2002), puis une 4ème (encore augmentée de : Madeleine de l’Aubespine, Madeleine des Roches, Marie de Brabant, Marie de Romieu, Anne des Marquets ) qui reprendra le titre initial de BALLADES DES BELLES REBELLES (Eponymes, 2014) :

www.nosenchanteurs.eu/chantal-grimm-et-ses-belles-poetesses-du-temps-jadis/

« Je vous remercie de tout cœur, chère Chantal Grimm. Vous m’avez fait un tel plaisir avec ce disque, admirablement réalisé, sur un choix excellent. » Régine Pernoud (écrivain spécialiste du Moyen-Age)

« Une entreprise originale qui permet au public d’accéder à des textes superbes, qui comptent parmi les chefs-d’œuvre de la poésie "françouaise" » Jean-François Dutertre (TRAD MAGAZINE)

« Des thèmes très actuels, en fait. Comme la solitude que célébrait cette anonyme du XVème (la fille qui n’a point d’ami) ou Christine de Pisan (Seulette). Ou le droit de disposer de son corps comme on l’entend (le Chant de la mondaine de Marguerite de Navarre). Ou encore le droit à l’amour dans le respect de l’autre que réclamait Pernette Du Guillet dans Ne me devez-vous bien aimer. » Francis Chenot (UNE AUTRE CHANSON – Belgique)

« Toutes étaient rebelles à leur façon.  Leurs textes sont étonnants de modernité et toujours pétris d’intelligence.  Sur des modes de la Renaissance, Chantal Grimm a composé des musiques actuelles, guillerettes ou mélancoliques. Un cocktail très réussi et plein de charme. » (OUEST-FRANCE).


CONFÉRENCE CHANTÉE DE BALLADES DES BELLES REBELLES PAR CHANTAL GRIMM

Chantal Grimm peut chanter les poétesses des XV et XVIème siècles et vous en parler comme si elles vivaient aujourd’hui.  Elle le fait en toute simplicité, soit en compagnie d’un musicien à la guitare, soit d’un régisseur grâce à l’orchestration de son disque s’il y a régie sur place.


ANTHOLOGIE DE LA CHANSON FRANÇAISE : LA TRADITION - coffret 13 CD - 1994

Entre-temps Chantal Grimm participe à la grande aventure de l’ANTHOLOGIE DE LA CHANSON FRANÇAISE « vol. TRAD » lancée par Marc Robine qui élabore une reconstitution en 13 CD du répertoire d’avant le disque. Après avoir fourni les documents de l’histoire des cabarets, elle enregistre une douzaine de plages (dont un duo avec Gilles Elbaz et un autre avec Marc Robine). Elle y est accompagnée entre autres par Romain Didier (EPM, 1994).

→ Ecouter quelques titres de l'Anthologie de la chanson Française

Un article parait dans le numéro "Toute une histoire" de la revue des Francofolies publié par "Les enfants de la Zique" sous la direction de Gérard Authelain.
Chantal Grimm y explique la genèse de La Femme Libre chanson féministe de Maurice Boukay (fin XIXe siècle).

Ecoutez La Femme Libre de Maurice Boukay interprétée par Chantal Grimm et Arlette Mirapeu

Chantal Grimm est alors mûre pour une réflexion sur l’image de la femme chez les ancêtres de Brassens, d’où une conférence chantée qu’elle propose seule ou en compagnie du chanteur Quentin Martel, sous le titre HISTOIRE DE COEUR.


HISTOIRE DE CŒUR, LES ANCÊTRES DE BRASSENS, CONFÉRENCE CHANTÉE PAR CHANTAL GRIMM ET QUENTIN MARTEL

Brassens appartient à une tradition : celle des cabarets. Nés avant la Révolution sous le nom de « sociétés chantantes » dont la plus célèbre est le Caveau, ce sont d’abord des réunions littéraires et gastronomiques entre beaux-esprits de sexe masculin : la plupart de nos chansons à boire datent de cette période. Après la Révolution, les sociétés chantantes se multiplient et l’on voit naître peu à peu la chanson d’auteur, avec tout le réalisme et la satire qui la caractérisent. La description du Paris 1800 sous la plume de Marc-Antoine Désaugiers a même inspiré Jacques Lanzmann pour Dutronc.

La première vedette reconnue de la chanson à texte au début du XIXème est Pierre-Jean de Béranger qui, sous la Restauration, doit payer ses tableaux de mœurs et son insolence politique de plusieurs séjours en prison. Il acquiert une popularité telle que Victor Hugo lui-même en est jaloux. Mais Béranger écrivait encore sur des airs connus, les « timbres ».

Au milieu du siècle apparaît un formidable auteur-compositeur à part entière, Gustave Nadaud, féministe et pacifiste, inconnu de nos jours à part des rares initiés qui l’ont chanté (Georges Brassens, Julos Beaucarne, Gilles Elbaz). C’est un bourgeois qui ne s’est pas engagé dans les luttes sociales et que les historiens négligent. Entre-temps naissent les goguettes, variante populaire et ouvrière des sociétés chantantes : dans cette « école du peuple » on met aussi en chansons les théories socialistes. Les goguettes seront interdites après la révolution de 48, mais leur esprit renaît sous la Commune (1871) et autour de son souvenir. Tout le monde fredonne encore, un siècle et demi plus tard, le Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément et l’Internationale d’Eugène Pottier.

Entre la guerre de 70 et celle de 14, on entre dans la 3ème période des cabarets, celle de Montmartre. Le Chat Noir est resté célèbre. Aristide Bruant poétise la goualante des rues, ouvrant la voie à toutes les chanteuses réalistes, d’Eugénie Buffet à Edith Piaf. D’autres comme Jules Jouy ou Xanrof mettent leur plume corrosive au service d’Yvette Guilbert dont la façon de mettre le texte en valeur fera école jusqu’à Juliette Gréco. Il y a des rois de la mélodie dont la mémoire persiste (Théodore Botrel, Paul Delmet) et de grandes consciences injustement oubliées comme Maurice Boukay.  L’ancêtre le plus direct de Brassens est Mac Nab, témoin narquois des mœurs de son temps : on n’échappe pas à ses refrains.

Et il y en a d’autres…

Il est toujours temps de faire connaissance avec ces foisonnants génies : Gaston Couté, poète paysan et chansonnier anarchiste est lui-même redécouvert grâce aux artistes qui le chantent depuis la ré-édition de ses œuvres dans les années 70.


LES CHANSONNIÈRES DE L’ARMÉE DES OMBRES, conférence, 2010

En 2010, sollicitée par le Hall de la chanson pour un Colloque « Femmes et chansons » au couvent des Récollets, Chantal Grimm déroule l’Histoire des femmes créatrices en compagnie de Serge Hureau, Olivier Hussenet et Manon Landowsky, accompagnés par Cyrille Lehn.  Et elle ajoute à sa panoplie une conférence sur les chansons de femmes de la Résistance :

→ www.lehall.com/colloquefemmes/premiere-journee/les-chansonneres-de-armee-des-ombres


SPECTACLE DAMES DE CHŒUR ♥ ET DE PIQUES ♠ 2016

Ou les marraines de Barbara Sylvestre Fontaine

Barbara, Anne Sylvestre, Brigitte Fontaine : on a cru longtemps qu’elles étaient les premières à avoir osé écrire et composer dans les années 50 du XXème siècle. Dans le métier de la chanson, les femmes ont toujours eu le rôle d’interprètes. Yvette Guilbert, à la fin du XIXème, a bien donné ses lettres de noblesse au genre « diseuse » mais elle-même n’écrivait pas ses chansons. Or, des auteures et des compositrices, il y en avait depuis la naissance de cet art populaire, signataires le plus souvent anonymes dans les veillées paysannes comme dans les salons privés, ou plus rarement les cabarets (il fallait d’abord qu’elles y soient admises !).

Chantal Grimm a voulu donner une « suite » à ses Ballades des belles rebelles, en sautant deux siècles.

On se situe donc au XIXème, et l’histoire de ces artisanes de la chanson (car ce sont les premières à l’être) se déroule en scène, chacune venant y raconter l’essentiel de sa vie et chanter une ou deux de ses œuvres. On apprend ainsi que Marceline Desbordes-Valmore était comédienne et chanteuse et n’avait jamais été à l’école, alors que ses vers inspirent encore aujourd’hui un Julien Clerc, un Pascal Obispo ou une Véronique Pestel et sont en bonne place dans les anthologies. Elisa Fleury, brodeuse et poétesse, fut une des figures des goguettes chantantes ouvrières, et Loïsa Puget, compositrice de romances de salon, un modèle imité par les jeunes filles de son époque. Céleste Mogador, chanteuse-polkeuse dans les bals populaires, épousée par un amant à particule, devint femme de lettres et directrice de théâtres et participa à la Commune. Louise Michel écrivait paroles et musique depuis l’enfance, ce qui la soutint dans sa condamnation et son exil. Augusta Holmès, librettiste et compositrice comparée à Wagner, fut stoppée dans son ambition lytique par la misogynie des institutions. Marie Krysinska, poétesse et pianiste au Chat Noir de Montmartre, prenait le risque d’être fichée comme prostituée chaque fois qu’elle s’y rendait à pied. Que les airs et la poésie profondément enracinés de Marie Noël ont préfiguré la Rive Gauche avec un demi-siècle d’avance.

LES INTERPRÈTES DU SPECTACLE : Marie-Laure Gasnier et Fabienne Moachon, enseignantes, prêtent toujours leur talent d’interprétation (qui est grand) aux créations des Ecrivant Chanteurs, que ce soit à l’Atelier du Verbe ou au Centre Paris-Anim’ Dunois.  Isabeau est « abonnée » au Petit Théâtre du Bonheur à Montmartre et a 4 disques à son actif.  Jacotte draine un public toujours nombreux à ses récitals ici et là. Catherine Merle a joué avec Claude Duneton à la Vieille Grille et au Théâtre du Rond-Point.  Rosely Graff, pianiste de ce spectacle encadre musicalement 600 enfants des écoles de la Ville de Paris.  Et Chantal Grimm… Maintenant vous la connaissez !

DAMES DE CHŒUR ♥ ET DE PIQUES ♠  est un spectacle créé en 2016 qui a attiré la curiosité et l’enthousiasme.

Nous cherchons des salles et des engagements sur les week-ends et jours fériés.


CHANTAL GRIMM / LA « COACH » DU « MATRIMOINE  CHANSON »

Le spectacle qui précède peut aussi être monté en résidence avec des comédiennes-chanteuses, assistées ou non d’un metteur en scène. Et d’autres sur l’Histoire méconnue des femmes dans la chanson peuvent être envisagés. « Coaché» par Chantal Grimm, le principe d’écriture dramatique laissera toujours une large place à l’initiative des participantes, une fois celles-ci mises en rapport avec sa documentation et son savoir-faire. Le travail en archives de Chantal Grimm sur ce qu’on appelle aujourd’hui le « matrimoine » (le patrimoine en recherche de parité) révèle qu’elle est pour l’instant la seule spécialiste des auteures-compositrices de l’Histoire. Elle peut le devenir aussi des grandes conteuses. Et son expérience scénique et phonographique lui fait préférer monter aujourd’hui des spectacles vivants.